LE GUIDE DES AIDES 2017

30 % des entreprises mettent la clef sous la porte au bout de trois ans. Et, chaque année en France, 60 000 font faillite. Patrons, ces chiffres vous donnent envie de vous défenestrer ? Avant de passer à l’acte, demandez de l’aide aux institutions.

À force d’entendre Pierre Gattaz râler et de se voir répéter à longueur de temps – surtout en période de campagne présidentielle – que la France a un régime de protection sociale qui coûte cher et que ce n’est pas un pays très attirant pour ceux qui veulent créer leur business, on en aurait presque oublié que l’État peut aussi se montrer très généreux envers les chefs d’entreprises.

Voyez plutôt : « Avec plus de 100 milliards d’euros d’aides et de subventions disponibles chaque année pour les entreprises, obtenir des aides est devenu un devoir pour les dirigeants de PME. » 100 milliards d’euros : ce ne sont pas des syndicats qui donnent ce chi re, mais le cabinet Spratley-Conseil, une société spécialisée dans « l’ingénierie en aides publiques, experte en  nancement public, détection à vocation exhaustive et montage de dossier. » Qu’est-ce que c’est ?

Très simple : un chef d’entreprise qui cherche des subventions va voir ce cabinet de conseil et, après un court entretien, leur boulot consiste à trouver toutes les subventions auxquelles il peut prétendre, puis à monter les dossiers de demande à sa place et à en suivre l’avancement jusqu’au versement de l’argent. Et Spratley n’est que l’une des dizaines de sociétés spécialisées dans ce domaine.

Autrement dit, les aides publiques aux entreprises sont tellement monumentales qu’elles sont devenues un marché à part entière, où des boîtes ont pour principale activité de les trouver et de les décrocher. « En réalité, l’enveloppe est plutôt de 65 milliards d’euros, corrige le coprésident de Spratley-Conseil,

Philippe Aupetit, si l’on exclut les allégements de charges sociales et les aides aux entreprises publiques. » Ça fait quand même une belle somme destinée « à 90 % aux petites et moyennes entreprises.» Bien sûr, leur recherche est payante – environ 2 000 ou 3 000 € en moyenne, tout dépend du nombre de dossiers qu’ils montent.

Mais la somme déboursée est toujours couverte par le montant de l’aide engrangée, alors il serait bête de s’en priver. Pas de sentimentalisme, le chef d’entreprise n’est pas un assisté s’il a besoin de l’État : pour Spratley-Conseil, ne pas les demander serait même une « faute professionnelle ». Ça reviendrait à se tirer une balle dans le pied face à des concurrents qui, eux, en béné cient et sont donc plus compétitifs.

En général, les montants des subventions ne sont pas très importants mais elles sont cumulables : en quelques heures de paperasserie, un patron de PME peut ainsi décrocher l’équivalent de 20 % de son chi re d’a aires en aides, estime Spratley. À côté des subventions, l’État propose aussi des prêts à taux zéro, des avances remboursables uniquement en cas de succès, des solutions de conseil, des places dans des incubateurs… Bref, avec près de 6 000 dispositifs d’aides, les pouvoirs publics peuvent épauler un dirigeant dans pratiquement tous les cas de  gure, de la création de la boîte à l’export, en passant par les problèmes de crédit, etc.

Petit guide des grosses di cultés rencontrées par les patrons de PME, et de tout ce que l’administration peut faire pour eux.

Vous avez des idées mais pas de pétrole ? Vous avez une idée d’application inédite et brillantissime, qui fera de votre société une licorne du CAC 40. Mais vous n’avez pas un kopeck pour vous lancer, aucun héritage en vue et un compte épargne déprimé : bonne chance pour convaincre des investisseurs. La chouinerie habituelle « On n’est pas aidé dans ce pays : si t’es pas déjà plein aux as, la liberté d’entreprendre n’existe pas. Entre les statuts et les formalités, l’administration me demande de l’argent avant même que je démarre… » On peut vous aider

Pire cas de figure : vous êtes au chômage, vous ne possédez même pas votre appart pour garantir un prêt et vous avez un bout de nappe gribouillé en guise de business plan. Plein d’enveloppes d’argent public vous attendent quand même. Par le biais de son organisme Oseo, la BPI France (banque publique d’investissement) peut vous donner 30 000 € pour les études marketing et les conseils juridiques, et 50 000 € de plus si vous avez un brevet à déposer.

Si vous touchez des allocs, Pôle Emploi vous verse d’un coup 50 % des indemnités qu’il vous reste à percevoir pour que vous puissiez constituer un capital. L’État peut aussi vous prêter 10 000 € à taux zéro, sans caution ni garantie et, si une banque vous suit, BPI France ajoute 7 000 €. Sans compter les subventions régionales, départementales, etc. Bonus : on vous donne la réponse sous cinq jours. C’est comme si le voisin à qui vous avez parlé de votre idée au Monop vous donnait 3 000 € et vous en prêtait 20 000 gratos trois jours après. Parce qu’il vous trouve cool, intelligent, génial et qu’il croit en vous.

Vous maudissez l’Ursaff (et la crise) ? L’excuse de la récession c’est so 2008… Mais c’est vrai que l’époque n’est pas à la fête. Surtout que le succès tarde à venir – il est très à la bourre même. Mais voilà, vos impôts ne dépendent pas uniquement de vos

bénéfices. Une baisse de l’activité économique, c’est d’ailleurs l’épouvantail qui fait transpirer un chef d’entreprise lorsqu’il signe un CDI. La chouinerie habituelle « Je fais moins de chiffre, mais je paye toujours autant de charges. Évidemment, je ne peux pas licencier et l’État m’étrangle : je vais mourir et ce sera de sa faute ! » On peut vous aider La Direction générale des finances publiques n’a aucun intérêt à ce que vous mettiez la clé sous la porte, parce que, dans ce cas, elle se mettrait vos impayés sur l’oreille et ne toucherait plus un centime de vous en cas de faillite.

Il vous suffit donc de l’appeler à l’aide pour qu’elle vous propose un échéancier de paiement de vos dettes fiscales (c’est-à-dire les taxes et les impôts) et sociales (vos cotisations et vos charges patronales). Elle peut même annuler vos pénalités de retard et, cerise sur le gâteau, vous faire une remise ou vous accorder une exonération. Et si vraiment vous êtes à sec, l’État peut entrer au capital de votre boîte.

C’est comme si le patron de votre troquet préféré ne vous faisait rien payer et effaçait votre ardoise parce que vous avez l’air tristounet là, avachi au bar, à vous enfiler tout seul un excellent millésime de Saint-Émilion. Vos clients sont des rats ? Sur le papier, tout va bien : vos cahiers de commandes sont aussi pleins que le carnet de bal d’une débutante et vous allez faire des bénéfices. Sur le papier seulement.

Parce que dans la réalité, c’est une autre paire de manches quand il s’agit de courir après les clients qui font traîner le paiement de leurs factures. La chouinerie habituelle « Moi je paye mes impôts (Ah oui ? Et les crédits d’impôt innovation, compétitivité emploi, etc. ? Ndlr), sinon l’Ursaff me saisit. Mais y’a personne pour m’aider quand c’est à moi qu’on doit de l’argent. » On peut vous aider Si vous faites face à des difficultés de trésorerie parce que vous avez du mal à récupérer l’argent qu’on vous doit, il existe une solution : l’affacturage. Un service bancaire que proposent

les établissements publics comme la Banque Postale Crédit Entreprises. Elle transforme les impayés de vos clients en cash par un procédé simple : vous lui confiez la facture et elle vous verse la somme correspondant au montant, moins une petite commission qu’elle prend. Vous n’êtes pas obligé de le dire à votre client, et vous bénéficiez en prime de l’assurance en cas de défaillance de sa part.

Et c’est La Poste qui s’occupe de relancer le mauvais payeur à votre place. La Poste, avec ses milliers de facteurs et tous ses papillons de lettres recommandées. C’est comme si votre copain Alphonse se chargeait d’aller faire la queue chez The Kooples un samedi de soldes pour se faire rembourser la veste qui ne vous plaît pas et vous rapportait l’argent. Et repartait faire la queue à la Sécu avec vos feuilles de soins. Votre banquier est une ordure ?

Oui, les banquiers sont des misanthropes frileux et ingrats qui se sont renfloués en pillant vos bas de laines après s’être gavés sur la bête pendant des décennies. Et bien sûr que non, ils n’auraient pas vu venir le succès de l’iPhone si Steve Jobs était allé en personne leur demander un prêt de 60 000 € pour ouvrir un Apple Store rue de Rivoli en 2010. La chouinerie habituelle « Le gouvernement a donné de l’argent aux banques, mais moi je peux à peine décrocher un rendez-vous avec le stagiaire de l’accueil et personne ne me tend la main ! »

On peut vous aider Vous croyez que les pouvoirs publics peuvent vous envoyer quelqu’un dans les 48 heures, gratuitement et en toute confidentialité, pour s’emparer de votre dossier, empêcher votre banquier, que vous venez d’insulter, de vous enlever vos facilités de caisses et autorisations de découverts, le forcer à réexaminer votre demande de crédit sous cinq jours et, s’il s’obstine, l’obliger à négocier une autre solution ? Oui. C’est exactement le boulot du médiateur de crédit. Vous pouvez également l’appeler si la banque refuse de rééchelonner votre dette ou n’accepte pas la garantie ou la caution que vous lui proposez. Il suffit de remplir un formulaire en ligne et il arrive.

C’est comme si ce cher Alphonse se pointait à la Société Générale pour faire un scandale parce qu’ils refusent de vous rembourser ces « frais de fonctionnement » allègrement ponctionnés sur votre compte. Vous avez une Thomas Thévenoud ? Phobiques administratifs, sachez qu’il existe plus de 6 000 dispositifs d’aides aux entreprises, dans les domaines de la création, de l’innovation, de la recherche, de l’emploi, etc. Certaines aides sont assujetties à des conditions d’utilisation ou d’obtention et, avant de trouver le bon dossier à remplir, il faut s’accrocher. La chouinerie habituelle « C’est un vrai maquis, typique de la bureaucratie française, pour nous décourager de demander des subventions. »

On peut vous aider Bonjour, c’est l’Observatoire des aides aux entreprises : un répertoire des aides publiques créé par le gouvernement et disponible en ligne, où vous pouvez aussi bien chercher par commune que par projet ou en fonction de votre profil. Tout y est répertorié, des subventions régionales, départementales aux prêts d’Oseo. Pour être bien sûr de ne passer à côté de rien, il est également possible de vous adresser aux Chambres de commerce et d’industries, qui seront ravies de vous guider. Il existe même des dispositifs d’aides sous forme d’accompagnement pour vous aider… à obtenir des aides sous formes de subventions.

Et si vraiment vous êtes allergique à la paperasserie ou très fainéant, faites appel aux cabinets de conseil spécialisés dans l’obtention de ces aides. Certains ne se payent qu’en prélevant une petite commission sur ce qu’ils récoltent pour vous. C’est comme si un vague cousin issu de germain remplissait votre déclaration après s’être enfilé la totalité du Code général des impôts (3 450 pages) pour être bien sûr que vous ne manquiez pas une seule déduction ni une exonération. •